La mortelle fatigue de vivre

« La mortelle fatigue de vivre » textile et terre crue 2017

« La robe de chambre avait, aux yeux d’Oblomov, des vertus inestimables : elle est douce, flottante, on n’y sent plus son corps ; telle une esclave docile, elle se prête à tous les mouvements. »

Oblomov est immobile, vêtu d’une carapace d’argile, il se love dans ce lit vertical. Il a ouvert ses yeux sur le monde et s’est réfugié sous son armure. Rongé, dévoré, assailli de l’intérieur, il cède à cette « douleur sans plaie » pour résister. Son cœur bat toujours mais son sang se vide. Malade de la vie, gisant lucide, cette robe de chair est son linceul et sa planche de salut pour échapper au monde.

Florence Bruyas donne à voir dans son œuvre ce memento mori d’une paresse qui réfute l’irrémédiable. Elle inscrit dans la chair d’Oblomov, roman de l’écrivain russe Ivan Gontcharov (1859), un renoncement à rester au monde et révèle son histoire intime. La robe de chambre devenue robe de chair écorchée s’expose tel le bœuf de Rembrandt et offre aux regards sa matérialité humaine d’une vie à fleur de peau.

Thierry Gozzi